J'écoute Loïc Lantoine et je souris.
"Je suis fier de moi quand j'ai besoin de nous", dit-il.
C'est le sourire né du partage d'un même esprit.

On parle dans le journal de flexibilité. De concurrence. De priorité. De dérégulation. De restructuration.
Le sociologue Richard Sennett relève cette phrase d'un patron: "nous sommes tous victimes". Il n'y a donc plus de responsable? Il n'y aurait plus que des victimes? Comment se plaindre dans ces conditions? Et à qui? Nous sommes donc tous sur le même bateau? Est-ce cela l'égalité du monde? Tous dans la même galère et pas de capitaine à bord?

L'inconséquence du monde se paie d'un repli sur soi. Et l'on se perd dans ce sommeil individualiste.
Il faut faire comme le philosophe et toujours se demander: "qui a besoin de moi?". Souvent, la réponse s'illumine d'indifférence parce que nous ne nous sentons plus nécessaire à rien et à personne et par peur d'affronter cette vérité, nous allons fuir la question.
Si personne n'a besoin de moi, si je ne sais plus porter ma pierre à l'édifice commun, c'est que je ne suis plus bon à rien. Si je ne suis plus bon à rien... socialement, je n'existe plus. Dans ces conditions, mieux vaut ne plus se poser la question "qui a besoin de moi?".
Mais directement, une autre question me vient: moi, est-ce que j'ai besoin des autres? Certainement, mais le reconnaître c'est, dans nos sociétés, faire aveu de faiblesse. La valeur dominante, c'est l'autonomie. C'est l'individualisme qui est flatté et presque imposé.
Dès lors, le mieux reste encore de ne plus se poser du tout de question.

"J'ai besoin de nous".
J'aime beaucoup cette chanson.
Elle fait sourire et elle invite.

Commençons par là. Par ce "nous" qui nous construit. Il n'y aura jamais de "moi" sans "toi". Ricoeur le dit si bien: "le chemin le plus court de soi à soi, c'est l'autre".

Loïc Lantoine est encore là: "c'est pas qu'on se ressemble, mais on est tous très beaux".

Alors? Qui a besoin de moi?... Puis-je être utile à quelqu'un? Je n'existe que si la réponse est "oui". Et je veux exister.

"J'ai la marche d'un roi si je marche avec vous
j'ai le rire d'un fou quand on marie nos voix
je suis fier de moi quand j'ai besoin de nous".